Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguéma a effectué, du 20 au 22 juillet 2026, une visite d’État de trois jours en France, marquée par une réception officielle à l’Élysée par son homologue Emmanuel Macron. Ce déplacement, présenté comme historique, intervient dans un contexte de redéfinition des relations entre la France et plusieurs pays africains. Au centre des discussions : la coopération économique, la transformation locale du manganèse, les investissements stratégiques et les défis politiques internes du Gabon.

 

 

Une visite symbolique après plus de quatre décennies

 

La visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguéma en France revêt une dimension particulière dans l’histoire des relations franco-gabonaises. Il s’agit de la première visite officielle d’un chef d’État gabonais en France depuis celle d’Omar Bongo Ondimba en octobre 1984.

 

Arrivé au pouvoir après le coup d’État du 30 août 2023 qui a mis fin à 55 années de domination politique de la famille Bongo, Brice Oligui Nguéma cherche depuis lors à repositionner le Gabon sur la scène internationale. Élu président de la République en avril 2025 avec près de 95 % des voix, il entend renforcer la crédibilité diplomatique du pays et attirer davantage d’investissements étrangers.

 

À Paris, le président gabonais a été accueilli avec les honneurs réservés aux visites d’État par Emmanuel Macron. Les deux dirigeants ont notamment discuté du suivi des accords conclus lors de la visite du président français à Libreville en novembre 2025.

 

 

Un rapprochement diplomatique dans un contexte africain en mutation

 

Cette rencontre intervient alors que les relations entre la France et plusieurs États africains connaissent de profondes transformations. Plusieurs pays du continent ont récemment exprimé leur volonté de revoir leurs partenariats historiques avec Paris, notamment dans les domaines militaire, économique et diplomatique.

 

Pour Libreville, cette visite représente une occasion de réaffirmer son rôle régional et de présenter le Gabon comme un pays ouvert aux investissements et aux partenariats diversifiés.

 

Selon Théophane Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la présidence gabonaise, cette rencontre devait permettre aux deux chefs d’État « d’assurer le suivi des accords signés à Libreville » lors de la visite d’Emmanuel Macron au Gabon.

 

Le manganèse au cœur des discussions économiques

 

L’un des principaux enjeux de cette visite concernait la transformation locale du manganèse, une ressource stratégique dont le Gabon est l’un des grands producteurs mondiaux.

 

Les autorités gabonaises souhaitent mettre fin progressivement à l’exportation du minerai brut afin de développer une industrie nationale de transformation. L’objectif affiché par Libreville est de renforcer la valeur ajoutée créée sur son territoire et de favoriser l’emploi local.

 

Un accord avec le groupe français Eramet prévoit notamment une augmentation de la transformation locale du manganèse, avec un objectif de production industrielle fixé à l’horizon 2031. Les autorités gabonaises espéraient toutefois un calendrier plus rapide, notamment autour de 2029.

 

Cette divergence sur le calendrier montre les défis liés à la mise en œuvre d’une politique d’industrialisation ambitieuse, qui nécessite d’importants investissements dans l’énergie et les infrastructures.

 

Un financement majeur pour moderniser le Transgabonais

 

Sur le plan économique, l’un des résultats importants de la visite reste la signature d’un accord de financement estimé à 312 millions d’euros entre Proparco, la Société financière internationale (SFI) et la Société d’exploitation du Transgabonais.

 

Ce financement vise à améliorer le réseau ferroviaire gabonais, un secteur stratégique pour l’économie nationale. Le chemin de fer joue un rôle essentiel dans le transport du manganèse et contribue significativement à l’activité économique du pays.

 

Selon les responsables du projet, cette modernisation doit permettre d’améliorer la capacité du transport ferroviaire, la fiabilité des infrastructures et la compétitivité de la chaîne logistique gabonaise.

 

La coopération aérienne a également été renforcée entre Air France et Fly Gabon afin de développer les liaisons entre Libreville et Paris et de faire de la capitale gabonaise un potentiel hub régional.

 

Brice Clotaire Oligui Nguéma, un militaire devenu président

 

Né le 3 mars 1975 à Ngouoni, dans le sud-est du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguéma est issu du milieu militaire. Titulaire d’une formation en sciences juridiques et d’un diplôme militaire de chef de section infanterie, il a progressivement gravi les échelons au sein de l’armée gabonaise.

 

Il a notamment servi comme responsable de la sécurité du président Omar Bongo Ondimba avant d’occuper plusieurs fonctions stratégiques, dont celle de directeur général des Services spéciaux et de commandant en chef de la Garde républicaine.

 

Le 30 août 2023, il devient président du Comité pour la transition et la restauration des institutions après le renversement du président Ali Bongo Ondimba. Deux ans plus tard, il accède officiellement à la présidence après une élection présidentielle.

 

Une visite qui intervient sous tension politique

 

Malgré les avancées diplomatiques annoncées, la visite du président gabonais en France intervient dans un climat politique encore sensible au Gabon.

 

Des organisations de défense des droits humains et certains acteurs politiques dénoncent des restrictions concernant les libertés publiques, les médias et les manifestations. L’opposition critique également l’arrestation de plusieurs figures politiques, dont l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze.

 

Les autorités gabonaises affirment, de leur côté, agir dans le cadre du respect des institutions et de la stabilité nationale.

 

Un bilan jugé mitigé par certains observateurs

 

Si le gouvernement gabonais présente cette visite comme une réussite diplomatique, certains observateurs estiment que les résultats restent limités par rapport aux attentes initiales.

 

Pour plusieurs acteurs politiques gabonais, les accords obtenus ne répondent pas totalement aux ambitions annoncées, notamment concernant la transformation rapide du manganèse et la réduction de la dépendance économique.

 

Le spécialiste du Gabon Cédric Jiongo considère toutefois que les négociations avec Eramet représentent une avancée importante, estimant que Libreville a réussi à replacer la question de la transformation locale au centre des discussions avec les industriels.

 

Entre ambitions économiques et défis internes

 

La visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguéma à Paris illustre la volonté du Gabon de renforcer son influence internationale tout en attirant des investissements capables d’accélérer sa transformation économique.

 

Cependant, le succès de cette nouvelle phase de coopération dépendra de la capacité des autorités gabonaises à répondre aux défis internes : gouvernance, dette publique, climat politique et développement industriel.

 

Entre héritage historique et nouvelles ambitions, le partenariat franco-gabonais semble entrer dans une nouvelle période, mais sa réussite dépendra surtout des résultats concrets sur le terrain.