25 ans après les attentats du 11 septembre 2001, les questions demeurent. Les autorités américaines avaient-elles été averties de la menace ? Pourquoi certains signaux n'ont-ils pas été exploités ? Et les attentats ont-ils ensuite servi de justification à une vaste politique militaire visant le monde musulman ? Entre faits documentés, défaillances du renseignement et théories du complot, le débat reste ouvert.

 

Le 11 septembre 2001, 19 membres d'Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne. Deux s'écrasent contre les tours du World Trade Center à New York, un troisième contre le Pentagone et le quatrième s'écrase en Pennsylvanie après la révolte des passagers. 2 977 personnes sont tuées, sans compter les 19 pirates de l'air.

 

Des avertissements existaient

 

L'une des principales raisons qui alimentent les soupçons est que les services américains avaient reçu plusieurs informations concernant une menace d'Al-Qaïda avant les attentats.

 

Le 6 août 2001, le président George W. Bush reçoit notamment une note de renseignement intitulée « Bin Ladin Determined to Strike in US ». La Commission du 11-Septembre a également établi que les agences américaines disposaient d'autres informations concernant Al-Qaïda et certains futurs membres du commando.

 

Ces éléments posent une question légitime : les États-Unis auraient-ils pu empêcher les attentats ?

 

Les enquêtes officielles ont cependant conclu à d'importantes défaillances dans le partage et l'exploitation du renseignement. Elles n'ont pas établi que le gouvernement américain connaissait précisément la date, les cibles et le mode opératoire des attentats, ni qu'il les avait volontairement laissés se produire.

 

Une autre théorie : le 11-Septembre comme prétexte

 

Une autre lecture des événements est encore plus politique. Certains estiment que les attentats ont été instrumentalisés par les États-Unis pour justifier une nouvelle politique militaire au Moyen-Orient et dans le monde musulman.

 

En effet, quelques semaines après le 11-Septembre, Washington intervient militairement en Afghanistan. En 2003, les États-Unis envahissent l'Irak. La « guerre contre le terrorisme » devient alors l'un des principaux axes de la politique étrangère américaine.

 

Cette succession d'événements nourrit, chez certains observateurs, l'idée que le 11-Septembre aurait constitué un prétexte permettant de lancer des opérations militaires qui auraient été beaucoup plus difficiles à justifier avant les attentats.

 

Mais une distinction essentielle s'impose : le fait que les attentats aient été suivis de guerres et d'une nouvelle politique étrangère américaine ne prouve pas qu'ils aient été organisés ou volontairement permis par Washington.

 

Un lourd bilan humain

 

Les conséquences humaines des guerres qui ont suivi ont été considérables.

 

Selon le projet Costs of War de l'Université Brown, environ 176 000 personnes sont mortes directement de la guerre en Afghanistan entre 2001 et 2021, en incluant les civils, les forces afghanes et les combattants. Le bilan réel pourrait être plus élevé si l'on prend en compte les décès indirectement provoqués par la guerre.

 

En Irak, les estimations varient considérablement selon les méthodes de comptage. Les registres d'Iraq Body Count documentent plus de 200 000 morts civiles directement liées aux violences depuis l'invasion de 2003, tout en reconnaissant que leur base ne représente pas nécessairement l'intégralité des victimes.

 

À titre de comparaison, les attentats du 11 septembre avaient fait 2 977 victimes directes.

 

Les musulmans américains également touchés

 

La question ne concerne pas uniquement les guerres extérieures. Le 11-Septembre a également profondément modifié la perception de l'islam et des musulmans aux États-Unis.

 

Selon les données du FBI reprises par le Pew Research Center, les crimes anti-musulmans signalés sont passés de 28 en 2000 à 481 en 2001. Ils ont diminué par la suite, mais n'ont jamais retrouvé durablement leur niveau d'avant les attentats.

 

Des musulmans américains ont ainsi été confrontés à une suspicion accrue, à des discriminations et à des actes de haine, alors même que les auteurs des attentats représentaient une organisation extrémiste et non l'ensemble des musulmans.

 

Cette réalité alimente également la thèse selon laquelle la « guerre contre le terrorisme » aurait progressivement contribué à associer, dans une partie de l'opinion publique, islam et terrorisme.

 

Ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas

 

Il existe donc plusieurs faits établis : les autorités américaines avaient reçu des avertissements avant septembre 2001 ; certaines informations n'ont pas été correctement exploitées ; les attentats ont été suivis d'une profonde transformation de la politique étrangère et sécuritaire américaine ; l'Afghanistan et l'Irak ont connu des guerres meurtrières ; et les musulmans ont été davantage confrontés à la discrimination aux États-Unis.

 

En revanche, aucune des principales enquêtes officielles n'a établi que le gouvernement américain avait organisé les attentats ou connaissait précisément le complot et avait volontairement décidé de le laisser se réaliser.

 

C'est précisément dans cet espace entre les faits établis et les questions encore débattues que les théories du complot continuent de prospérer.

 

25 ans après, la question reste sensible

 

Le véritable débat n'est donc peut-être pas seulement de savoir si « les Américains savaient ». Il consiste aussi à comprendre ce que les autorités savaient réellement, ce qu'elles n'ont pas compris à temps et comment la tragédie a ensuite transformé la politique américaine et les relations avec le monde musulman.

 

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Toutefois, après plus de deux décennies, les documents disponibles permettent de parler de signaux d'alerte, d'échecs institutionnels et de conséquences politiques majeures. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de transformer une hypothèse de complot en vérité historique.